Quand la vie est apparue sur terre, un beau matin d’il y a plus de 3,5 milliards d’années, c’était dans la mer. On devrait donc logiquement en savoir un rayon sur le monde sous-marin. Que nenni. Il semble ainsi que l’on soit plus calé sur la surface lunaire ou les perspectives martiennes (coucou Elon) que sur les fonds qui continuent de faire de notre planète un chouette coin de vie (en fournissant au moins 50% de l’oxygène que l’on respire, en absorbant ¼ du CO2 que nous produisons, 90% du réchauffement qui en résulte et les tonnes de plastique que l’on y déverse chaque année, comme l’illustre cette balade de l’Ifremer de 2018 par 2 200 m au fond de la Méditerranée). Les océans couvrent 71% de la surface du globe, dont 10% au mieux sont réellement protégés aujourd’hui et 80% aux profondeurs en grande partie inexplorées. On y recense 250 000 espèces vivantes, dont certaines allègrement décimées par la surpêche industrielle (big down pour le sinistre Annelies Ilena) mais comme l’explique la Fondation Tara Océans, ce chiffre ne recouvre que 5% des organismes vivants, les 95% correspondant à des micro-organismes sur lesquels nous ne savons encore que peu de choses. Autant dire qu’il n’est que temps de se mobiliser pour la sauvegarde des océans. En se plongeant dans la Monaco Ocean Week, du 18 au 22 mars (lire nos actus plus bas), en dévorant l’ouvrage Océans de la vaillante maison d’édition La Relève et la Peste (234 pages indispensables qui expliquent tout pour 22 €), et en suivant notre sélection de la semaine à impact positif garanti sur votre qualité de vie.
La Belle Histoire de la Semaine
La maison des savoir-faire Ibeliv à Madagascar © John Lander
Ibeliv. Il était une foi.
“Quand j’ai quitté Madagascar pour partir étudier en France, ce fut un arrachement.” De cet épisode douloureux, Liva ne semble finalement pas avoir souffert outre mesure si l’on en juge par la belle trajectoire ascendante de son entreprise Ibeliv qui fête tout juste ses 10 printemps en Provence. “La France m’a tout donné”, précise-t-il d’ailleurs sans ambages. Mais en homme sensible qui place l’humain avant toute chose, il a décidé que ce déchirement ne serait plus une fatalité sur son île natale.
Lancé en mars 2022, son projet d’école Ibeliv Garden se développe sereinement, comme une jeune pousse le ferait dans cet environnement luxuriant – “un vrai paradis caché, où 80% de la végétation est endémique”, assure Liva – pour arriver bientôt à maturité. Toiture et gros œuvre achevés, il reste désormais à aménager les espaces intérieurs et recruter l’équipe pédagogique de l’établissement qui accueillera au plus tard le 8 mars 2025 ou, pour une floraison précoce qui sait, en septembre prochain, un centre d’éveil dédié aux enfants en bas âge. Inspiré des principes de l’école Montessori et d’autres modèles où l’enfant est au centre, il se veut l’école de la conscience écologique et d’un regard ouvert et positif sur le monde. Une chance pour Madagascar ? Liva en est convaincu et finance ce projet 100% privé avec les bénéfices issus d’une collection capsule réalisée en collab’ avec Véronika Loubry et un complément en fonds propres sur lequel le créateur ne s’étend pas. Conscient que son succès lui donne, en retour, la chance d’imaginer ce projet en autonomie, comme de gouverner son entreprise en toute liberté, et désireux de ne pas en faire étalage, préférant mettre en avant les savoir-faire dont sa maison s’enorgueillit plutôt qu’un engagement militant qui nourrit pourtant le storytelling de tant de marques aujourd’hui.
Cette attitude honore d’autant plus ce patriote déclaré, qui entend donner une image positive de Madagascar et des perspectives d’avenir à ses concitoyen·nes. Ce en quoi il réussit déjà plutôt bien. Dans les ateliers Ibeliv travaillent 2 000 femmes qui perpétuent et transmettent les techniques artisanales vernaculaires de crochetage du raphia qui font le succès international des produits de la maison. “Ma famille”, comme le glisse Liva. Il n’a certes pas oublié que c’est à sa mère, Tiana, qu’il doit son esprit entreprenant et son indépendance. Depuis 3 ans, c’est auprès d’une autre catégorie professionnelle qu’il s’investit. Sur 35 hectares, ce patron de mode a aussi entrepris de planter chaque année 6 000 palmiers raphia de l’espèce malgache endémique et noue l’un après l’autre des partenariats avec les villageois pour l’exploitation de sa précieuse matière première. Ni assujettissement ni assistanat, son modèle de partenariat est calibré pour créer, à l’image de ses ateliers, de l’emploi qualifié et des perspectives professionnelles réellement épanouissantes.
S’il refuse de choisir une nationalité pour sa marque, qu’il déclare volontiers intemporelle et sans frontière, Liva demeure un inlassable ambassadeur des savoir-faire malgaches et s’emploie à faire naître des vocations sur son île. Un élan collectif qu’il envisage comme une vague tranquille, apte à porter durablement des valeurs positives d’accomplissement et d’humanité. Avec la calme assurance d’un homme habité et qui croit en ses rêves, comme en atteste sa marque manifeste Ibeliv, il jette sur cette première décennie d’entreprise un regard modeste avec la conscience désarmante qu’elle est faite pour durer 300 ans. Une échelle du temps en harmonie avec la force naturelle qui émane de Madagascar et dont notre homme semble le reflet bienveillant.
Images de la dernière collection Ibeliv © John Lander
Nos Repérages Hebdo
Oceansrespect, une vague verte à surfer
Depuis les ruelles en circulade typiques du joli village de Balaruc-le-Vieux, la vue sur l’étang de Thau, aussi belle soit-elle, ne suffit plus un jour à satisfaire la soif d’exotisme de Robin. Formé au management et au marketing international, il rêve de grands horizons et se retrouve à développer, en 2014, un organisme de micro-crédit à Puerto Princesa, Philippines. Certes, le business et la finance sont dans ses cordes mais son goût pour le surf finit d’expliquer son expatriation. En quête de spots d’anthologie et de plages paradisiaques, il découvre plutôt des marées de plastique, à perte de vue. Il troque alors son laptop de business angel contre un bâton de pèlerin militant éco-responsable. Mais pas de n’importe quel bois, le bâton. En bambou, un matériau naturel, disponible en abondance, solide, durable et régénérable rapidement, et qui, surtout, fournit une alternative idéale au plastique imputrescible et à 90% non recyclable. Pour remplacer avant tout les brosses à dents classiques, dont quelque 4,9 milliards d’exemplaires sont jetés chaque année dans le monde pour finir, devinez où ? Puis, pour constituer une astucieuse collection d’indispensables du quotidien, coton-tiges, porte-savons, brosses à vaisselle, pailles réutilisables, que complètent à l’avenant des éponges luffa (biodégradables puisque provenant de la courge éponge éponyme), des coques de smartphone biodégradables ou encore une courte gamme de basiques textiles. Achetez-en beaucoup car Oceansrespect, en e-commerçant vertueux, reverse 4% de son chiffre d’affaires à des organisations de protection des océans et de l’environnement comme la Surfrider Foundation, No Plastic in my Sea ou la Tara Ocean Foundation. Et pour vous encourager, Robin vous réserve 10% de remise sur votre panier en utilisant votre code spécial Sudnly. #respect (ta mer)
Accessoires en bambou et luffa végétal Oceansrespect © DR
Océopin. Graines de jouvence
Avant d’être une destination chic, la presqu’île du Cap-Ferret s’avère surtout un écosystème naturel remarquable où, depuis des générations, on sait l’importance de la végétation endémique, gardienne des terres sablonneuses qui font face à l’océan. Les secrets des ajoncs, immortelles, chardons des dunes, oyats et autres pins maritimes s’y transmettent ainsi de génération en génération. Dépositaire de ce savoir, Jean-Jacques Berger, forestier grainetier (dont la société est le premier producteur français de graines de pin), découvre un jour qu’il ne sait pas tout. Ses petites graines sont en effet considérées par le Professeur Wolff, grand biologiste et spécialiste des huiles de conifères, comme un véritable trésor. Très riches en acides gras Delta 5, au pouvoir anti-âge, en vitamine E et polyphénols, elles possèdent des vertus miracles pour la peau. 15 années d’études et de tests plus tard, un brevet signe l’acte de naissance d’Océopin, marque de cosmétique cofondée par Marina, la fille de Jean-Jacques, qui lui confère l’exclusivité mondiale de ces précieuses gouttes d’or bio. Délaissant sa formation littéraire et le monde de l’édition pour endosser le rôle de cheffe d’entreprise, la jeune femme se partage entre Paris, Bordeaux et le Cap-Ferret où elle continue de vivre en harmonie avec la nature. Quant à sa gamme de produits, elle exploite ces inépuisables ressources en sérums, crèmes, baumes, onguents, poudres et gels pour rester aussi fraîche que le vent de l’Atlantique sur la presqu’île.
Soin du corps à l'huile de graine de pin Océopin © DR
Tafanelli. Du chic dans les voiles
Si la tramontane souffle aussi parfois sur les ruines du vieux village de Montemaggiore en Balagne, ou le libecciu sur la campagne de Petreto-Bicchisano bien plus au sud (là où sont les racines familiales de Mathieu), le vent a dû suffisamment s’inviter à travers les âges dans l’anse de Roccapina pour y avoir sculpté à même le roc le profil hiératique d’un fameux lion, que les visiteurs de Sartène (et les hôtes du magnifique domaine de Murtoli) connaissent bien. Le bon vent corse, c’est aussi sans doute ce qui pousse l’entreprenant Mathieu à imaginer un jour un projet de mode à l’image de sa terre natale. Séduction brute, réduite à l’essentiel, immuable. Le vent marin, c’est enfin ce qui va donner à Mathieu la pièce-clé de sa marque Tafanelli (Tafa pour les membres de la famille aka la Squadra). Immobilisé sur un catamaran dont la voile s’est déchirée, il voit dans cette matière devenue inutile le signe de la voie qui s’ouvre à lui. Un projet de régénération qui exploite les chutes de voiles pour confectionner une veste iconique. Coupe-vent, risque tout, élégante et fonctionnelle, unisexe et sexy en diable, sorte de Barbour nustrale devenue classique instantanée. Baptisée Roccapina évidemment, elle nous met aussitôt dans sa poche. Reste juste à se souvenir de laquelle.
Veste Roccapina unisexe Tafanelli © DR
Pomelo Star Ruby. La bonne vitamine C(orse)
Le vent corse, décidément bien inspiré, porte jusqu’à nos sens émoustillés en ce proto-printemps le doux parfum du pomelo insulaire que sa cousine, la divine clémentine, ne saurait raisonnablement éclipser. Hybride naturel entre pamplemousse et orange, né sous les cieux antillais et implanté dans la plaine orientale de l’Île de Beauté dans les années 1970, le fier Star Ruby ou Pomelo de Corse, reconnaissable à sa chair sanguine, nous régale jusqu’au mois de juin. Haut en vitamines et en saveurs, il se croque à la petite cuillère, en suprême, en zeste, se déguste en cocktail, se cuisine en réduction ou en déglaçage qui réveille Saint-Jacques ou gambas. Pour couronner le tout, il inspire une piquante recette de rouleaux de printemps et un cake non moins gourmand (nos images). Pour la recette, écrivez-vous.
Cake moelleux au Pomelo de Corse, rouleaux de printemps au Pomelo de Corse © DR
Saola. Retrouver la pêche
4 bouteilles en plastique usagées et quelques écorces de liège ne pouvaient rêver meilleur destin que de devenir l’un des modèles de cette nouvelle collection de sneakers Saola dont l’allure sobre et urbaine vous ravira, si bien sûr vous êtes du genre à bien regarder où vous mettez les pieds. Conforme à la norme GRS (Global Recycled Standard), le fil en PET est tricoté au millimètre près, technique sans coupe ni chute qui évite toute perte de matière, garantit un confort respirant et permet d'être teinté dans la masse avec un procédé qui économise 60% d'énergie, 90% d'eau et 70% de CO2 par rapport à la teinture traditionnelle. Composant bio, renouvelable, souple, résistant, hypoallergénique et facile d’entretien, le liège constitue la structure de la semelle intérieure, doublée d'une seconde semelle en EVA (Éthylène-Acétate de Vinyle, un élastomère souple et léger) en partie recyclé. Liège toujours associé à un alliage de caoutchouc naturel et synthétique pour former la semelle extérieure stable et durable. Un modèle poids plume de 183 g noué par des lacets de coton 100% bio. Sans hésiter, la meilleure pêche de la semaine.
Cannon Knit W 2.0 White / Gold, modèle femme Saola © DR
Notre Sélection Culture
Pour les 20 ans du festival, Sonic Protest s’offre une 3e escale marseillaise aux ateliers Jeanne Barret ce soir même. Si vous aimez la musique aventureuse et improvisée, l’électroacoustique, le noise ou l’expérimental, voire l’inclassable ou le bizarre, vous serez servi·e. Derrière les portes (qui ouvrent à 20 h), Arthur Chambry, Muon S (aka Jean Bender & Anna Gaïotti), Undae Tropic et Myria Idha en DJ set, sans oublier Douceur Piquante pour vous sustenter de concert.
Du 20 au 26 mars, la Fête du Court Métrage revient enchanter le public avec un foisonnement de pépites créatives à savourer sur grand écran, dans une multiplicité de lieux à retrouver sur le site du festival.
Et maintenant, pour quelque chose de complètement différent, le Festival de Pâques dirigé par Dominique Bluzet et Renaud Capuçon vient faire entendre la vivacité de son 11e printemps. Du 22 mars au 7 avril, une affiche exceptionnelle où se retrouvent quelques-uns des plus grands noms du répertoire classique. Excellence, émotion et surprises, comme l’adaptation de la BD de Joann Sfar, Le Chat du Rabbin, sur une musique de Marc-Olivier Dupin (notre image), pour tout public à partir de 7 ans.
Retour du Ballet Preljocaj sur la très éclectique et dynamique Scène 55 à Mougins les 22 et 23 mars prochains. Au programme, comme pour célébrer à rebours la Journée internationale du Sommeil (oui, c’est aujourd’hui), la pièce Torpeur, création mondiale à Montpellier Danse 2023, plongée dans la mémoire de la danse, et la reprise de deux pièces phares, Annonciation et Noces, la première, lauréate du New York Dance and Performance Award. Immanquable.
© Joann Sfar
Nos Actus Soudaines
L’avenir de l’océan ne saurait certes se jouer en une semaine mais la Monaco Ocean Week entend bien accélérer prise de conscience et projets concrets. Pour ce faire, elle constitue un cadre unique de rencontres et d’échanges, d’expériences et d’ouverture sur des thématiques et actions en faveur de la protection des océans. En parallèle du programme scientifique et professionnel, de nombreux temps forts sont accessibles librement, preuve que chacun·e a un rôle à jouer face à cet enjeu d’avenir majeur. Tout le programme en détail ici.
Depuis ce matin et jusqu’à demain soir au Centre Universitaire Méditerranéen à Nice, la 9e édition du forum Neuroplanète se penche sur les extraordinaires pouvoirs du cerveau. Autant dire, un programme passionnant qui associe speakers de haut vol (comme le neurologue Lionel Naccache dont on est absolument fan) et expérimentations ludiques, avancées scientifiques et thématiques qui vont des baleines aux arts visuels ou de la scène, au rock, à la gastronomie et à la spiritualité. Infos et replays à suivre ici.
Est-ce parce qu’elle est déjà labellisée B Corp ou parce qu’elle distille un irrésistible et régressif parfum des années (19)80 avec son vestiaire de basiques indispensables que l’on aime la jeune marque Patine ? Rien de tel qu’un pop-up marseillais pour en décider. Rendez-vous du 21 au 30 mars, au 22, rue Saint-Jacques dans le 6e. Opening party le 21 à 18h.
Sommelière, directrice artistique et fondatrice de Goodis Popup, agence expérientielle d’événements culinaires, Gaby de Villoutreys a choisi l’arrivée du printemps pour inaugurer la série de rencontres multisensorielles et éphémères qu’elle a préparée avec soin. Cadre de ce premier format, la bastide où se niche le Musée Molinard à Grasse. Au programme, menu en 4 services de Marco Mattana (Epiro Nice et Rome), accords mets et vins signés par la maîtresse de cérémonie elle-même, scéno et art de la table par Ida Mari de l’impeccable EVRLST vintage store à Nice, atelier de création de parfums et autres surprises à réserver très vite ici.
Et pour finir, notre bonus musical de la semaine inspiré par la recherche cosmétique bordelaise et qui pourrait bien redonner leur visage de 20 ans à tous les boomers post-punks. Enjoy!
Image de couverture : nouvelle collection Ibeliv © John Lander
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