Elle apparaît pour la première fois sous le nom de Graulieras dans les archives de l’abbaye de Saint-Victor à Marseille et personne ne saurait vraiment dire à quelle date l’historique bourgade nichée au pied du mont Cheiron à quelques minutes du littoral azuréen prit le nom de Gréolières. En revanche, à la lumière de la revue de presse récente, on se souviendra sans doute du jour où son édile actuel, Marc Malfatto, décida, après vote du conseil municipal, de débaptiser sa partie la plus réputée. Exit donc Gréolières-les-neiges, place à Gréolières 1400, au grand dam d’une partie des riverains, aussi attachés sans doute à la manne touristique qu’à la tradition toponymique. As du marketing ou responsable public conscient des réalités, le maire fait un geste courageux pour acter la nécessaire transition à l’heure où la Cour des Comptes enjoint les stations à revoir leur modèle économique, la moitié d’entre elles étant vouées à perdre, comme Gréolières, tout enneigement d’ici 2050. Au moins celles-ci pourront-elles anticiper le changement avec plus de chance que les Îles Betet et Gundul de l’archipel indonésien, irrémédiablement englouties par la montée des eaux. Et pendant ce temps-là, en Gironde, l’extractivisme bat son plein, histoire d’arriver plus vite – mais avec du pétrole français – en 2050.
Le Plan de A à Z, l’appétit de l’autre
– la belle histoire de la semaine. Il arrive que la conscience nous fasse abandonner un rêve pour en faire naître un plus grand encore. Destinées à évoluer dans le monde de l’art, de la culture et de la communication, quatre jeunes Marseillaises acceptent un jour de se confronter à une réalité qu’elles ne peuvent plus ignorer. En France, 1 personne sur 5 a du mal à se nourrir. Pourtant, 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année, ce qui représente en gros 18 milliards de repas et la bagatelle de 15,3 millions de tonnes de CO2 (sources Ademe et Le Monde). La question est planétaire, où 1 produit alimentaire sur 3 est jeté avant d’atteindre une assiette, mais Carine, Ilia, Sophie et Zoé décident qu’elles peuvent agir concrètement au cœur même de Marseille. Fortes d’un engagement associatif, d’une expérience sur le terrain et d’un projet généreux, elles remportent un appel d’offres de la Ville et se voient confier les clés du 117, boulevard de la Canebière, en haut de l’artère emblématique de la cité phocéenne, au niveau du square Léon Blum. Murs bruts décrépis, déco upcyclée, esprit ouvert et énergie inépuisable, en juin 2023, Le Plan de A à Z est prêt à se dérouler. Et comme son nom l’indique, elles ont pensé à tout.
À l’origine est La Cantina. Association créée par Ilia, rejointe par Sophie, elle transforme les invendus, récupérés auprès de surfaces alimentaires et structures partenaires, en repas alléchants et nomades qui régalent tiers-lieux et festivals. Sédentarisée au PAZ (le Plan de A à Z), elle alimente désormais une carte d’obédience végétale, solidaire et formidable, où rien n’est jeté ni à jeter, et à savourer du matin jusqu’au soir, 7 jours sur 7. Le tout à des prix qu’on avait oubliés : 2,50 € le pur jus frais pressé, 8 € le plat, 16 € le brunch du week-end, une cuisine élaborée à la fortune du jour, copieuse et roborative, autour de laquelle on se retrouve joyeusement pour partager, en intérieur ou en terrasse, la bonne vibe d’une société qui renaît. Et pour les plus généreux, offrir un café ou un plat suspendus qui feront le bonheur des plus défavorisé·es. Le soir, la carte voyage au gré d’invitations, où des chef·fes de tous horizons s’installent aux commandes, ou de thématiques comme les soirées bouillon parisien du samedi et dimanche soir. Ici, la solidarité s’exprime jusqu’au plan professionnel, la cuisine s’ouvrant à des expérimentations, pour tester sans investissement lourd de nouveaux projets de restauration, ou des ateliers d’insertion. Le lieu sert aussi de quartier général au triage de la collecte des invendus alimentaires qui non seulement fournissent les besoins de la table maison mais sont aussi livrés à vélo par Les Coursiers Solidaires à d’autres cantines de la ville.
Les différents espaces qui se distribuent sur les 200 m2 du PAZ lui permettent de proposer depuis l’ouverture un programme protéiforme de rencontres et d’événements festifs. Ateliers créatifs, pop-up stores et marchés de créateur·rices, expos d’art et résidences, showcases intimistes, concerts, DJ sets et autres événements surprises font du PAZ un véritable lieu de vie culturelle capable avec simplicité et générosité de combler tous les appétits. Non un concept de restauration trendy mais un melting pot éminemment humain fondé sur l’égalité et la fraternité. Deux indices pour s’en convaincre. La structure qui pilote le PAZ est une SCOP, forme juridique qui permet une gouvernance horizontale et un partage équitable de la valeur produite. Et la cantine ne prend pas les réservations, pour laisser à chacun·e la chance de pouvoir passer et trouver sa place. On notera enfin, surtout les hispanophones, que PAZ (le Plan de A à Z) signifie la paix, peut-être la plus belle chose qui puisse arriver au cœur de Marseille. Léon Blum serait fier d’elles.
Le Plan de A à Z © DR
Meelk. Une nouvelle voie lactée
La personne que vous aimez est composée à 60% d’eau. C’est un fait scientifique avec lequel il faut apprendre à vivre. En s’intéressant de plus près à leurs boissons végétales préférées, Jean-Christophe et Damien, les fondateurs de la sémillante maison Morice, sans doute désireux de pousser une fois de plus le bouchon un peu plus loin, ont constaté qu’elles contiennent jusqu’à 90% d’eau. Et, cette fois, ont décidé d’agir. Ramenées à l’essentiel de leur composition, à savoir un pur concentré d’amandes ou de noisettes, leurs préparations pour boissons végétales Meelk boostent saveurs et bon sens. Ne vous vendent pas l’eau que vous avez déjà chez vous et sont si légères à transporter dans leur pot en verre que leur impact pour arriver chez vous est considérablement réduit. Économique, plus riche en goût, utilisable en crème et topping pour desserts ultra-gourmands, leur concentré de fruits bio a tout bon, même le nom qui ose le jeu de mot lait.
Meelk © DR
L’irrégulière céramique. En terre singulière
La noble faïence d’Apt doit son prestige à la technique particulière de terre jaspée où les ocres du Luberon s’entremêlent en de fascinants motifs qui firent les délices du style baroque. Native de la région, Anna Vergnas s’est si bien souvenue de ce patrimoine remarquable qu’après s’être formée à la tapisserie auprès des compagnons du devoir puis comme tourneuse potière à l’école d’Aubagne, elle a embrassé l’art de la céramique. Mais de baroque, il n’est point question. En revanche, un style tout en fraîcheur qui associe utilitaire et ornemental, bas-reliefs surréalistes et blancheur contemporaine. Si elle collabore volontiers avec d’autres talents (pour une très jolie coupe à fruit avec Mélissa de BAM Studio par ex.), elle suit une voie résolument personnelle comme le suggère son nom l’irrégulière qui nous rappelle (excusez du peu) Coco Chanel.
L'irrégulière © Anna Vergnas
Annabel Kern. Linge gardien
Si elle rêve de création depuis toujours, Annabel Kern fait ses premiers pas de façon anodine, en confectionnant des objets textiles pour ses enfants. Le plaisir qu’elle y prend, le succès qu’elle rencontre et l’esprit d’entreprise qui règne depuis toujours dans la famille la convainquent de franchir le pas. Son installation dans le Sud et, plus particulièrement, dans l’étonnant écosystème créatif né ces dernières années à La Ciotat vont inspirer l’univers doux et coloré de sa marque éponyme. Intemporel, comme la promesse sans cesse renouvelée d’une intimité confortable et inaltérable, son linge de lit cultive l’élégance nonchalante de la gaze de coton texturée dans une gamme chromatique profondément naturelle. Issu d’une production raisonnée en petite quantité, chaque modèle est confectionné et teint en pièce au Portugal, procédé qui lui confère une patine unique. Sa collection, aux finitions point brodé, épouse l’harmonie modeste des maisons de famille du Sud. Son linge de table, imprimé à la main en Inde, réactualise l’esprit des madras flamboyants avec une touche déco actuelle qui fait la signature de la créatrice. Dont le talent lui vaut d’être sollicitée pour des projets de décoration d’intérieur qu’elle mène pour des clients particuliers. Nouveauté à suivre sans faute, Annabel a investi le bel intérieur de la Casa Abeille avec la complicité de Maison de Famille à La Ciotat où elle met la dernière main à la mise en scène de son univers. Pour guetter l’inauguration, c’est par ici.
Annabel Kern, nappe madras Chennai © aroundfiveoclock, linge de lit en gaze de coton © fatmalastrucci_photographie
Maia, les brumes comptent pas pour des prunes
Vous aimez la douce lumière d’une bougie, le parfum de l’encens, l’odeur de propre d’une maison fraîchement récurée. Sachez pourtant que chacun de ces rituels a priori anodins peut libérer son lot de substances toxiques qui finissent par polluer votre atmosphère intérieure plus sûrement que l’air extérieur. Fabriquée avec soin à Avignon, conçue pour le plaisir olfactif à Grasse, la collection de brumes fraîches Maia libère d’agréables fragrances d’ambiance constituées à 99,30% d’ingrédients naturels (vous nous direz que les 0,70% restant contiennent du propylène glycol mais à l’impossible, nul n’est tenu), sans perturbateurs endocriniens, polluants notoires ni conservateurs, ce qui leur vaut la note ultime de 100/100 à l’INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients). Pour éliminer les odeurs désagréables et parfumer délicatement son linge d’un même geste.
Brumes fraîches Maia © DR
Romatic, buvez de la beauté
Achillée millefeuille, aubier de tilleul, camomille matricaire, fleur de mauve ou reine des prés, la pharmacopée de la maison occitane Romatic consiste en une cueillette exemplaire de plantes bio cultivées en France et dont les propriétés actives font le succès de ses recettes de tisanes exclusives. Réputées pour veiller à la paix de l’esprit comme au bon fonctionnement de notre organisme, nous épargnant force anxiolytiques et autres molécules médicamenteuses, elles se proposent aussi d’agir comme d’authentiques filtres de beauté, pour réveiller notre teint et freiner les effets du vieillissement. Utilisant un cocktail de thym purifiant, d'ortie riche en minéraux, régulatrice de sébum, de bardane détox, anti-mine grise, de camomille apaisante et anti-inflammatoire, de vigne rouge tonifiante et antioxydante, de rose astringente et revitalisante, l’élixir Beauté nous redonne des couleurs sans crème ni sérum, en quelques gorgées gourmandes à siroter tièdes.
Infusion Beauté Romatic © DR
Notre sélection culture de la semaine
Méconnu du grand public et disparu à l’automne dernier, Henri Dauman n’en est pas moins l’incroyable témoin d’une période clé de l’histoire moderne, à savoir les années 60 aux Etats-Unis qu’il a immortalisées sur pellicule et dans les pages des plus grands magazines américains avec lesquels il collabora. De l’intimité de ses portraits parfois inattendus à la grande fresque d’une époque, cette exposition initialement présentée au Palais d’Iéna et au Musée Nicéphore Niépce permet de découvrir le plus new-yorkais des photographes français. Henri Dauman, The Manhattan Darkroom, Musée de la Photographie, Nice, du 17 février au 26 mai.
Natif de Marseille, élève de Cassandre, membre de l’École de Paris, Georges Arditi est de ces artistes prolifiques et respectés que l’actualité a oubliés, à moins de le réduire à la notoriété de son fils Pierre, célèbre comédien français. Ce sont d’ailleurs les enfants de l’artiste qui de concert avec le musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence et la Piscine à Roubaix ont soutenu cette rétrospective qui remet en lumière l’importance de Georges Estrine dans l’histoire de l’art du XXe siècle. Entre figuration, réalisme et abstraction, l’exposition du musée Estrine fait la part belle aux paysages du Mont Ventoux, caractéristiques de la pratique abstraite et haute en couleur de l’artiste. Musée Estrine, du 17 février au 28 juillet.
Perpétuant l’esprit d’Alexandra David Néel, exploratrice, écrivaine, orientaliste et intellectuelle engagée, sa maison de Digne consacre une exposition à l’artiste iranienne Golnaz Payani. Exilée en France, la plasticienne explore, à travers ses œuvres textiles les notions de trace, entre apparition et disparition, et de voyage qui fait se croiser les visions d’Alexandra David Néel et de Krishna Riboud, grande collectionneuse franco-indienne d’étoffes historiques. En parallèle, une exposition photographique commémore l’entrée d’ADN au cœur de la Cité interdite de Lhassa en 1924, réussissant l’exploit d’être la seule femme occidentale à avoir pu y pénétrer. Le long des sentiers entrelacés de Golnaz Payani, jusqu’au 19 mai, ADN, Lhassa 2024, une (é)preuve photographique, Maison Alexandra David Néel, Digne.
À l’heure où l’on célèbre la mémoire de Missak Manouchian, poète et figure de la résistance, symbole des FTP-MOI (francs-tireurs partisans-mains d’œuvre immigrée), l’artiste Bouchra Khalili, à l’invitation de Luma Arles, ravive la mémoire du Mouvement des Travailleurs Arabes, à la croisée des chemins de la lutte syndicale, de la performance, du théâtre et du cinéma. Deux cessions cinématographiques et discussions le 17 février, entrée gratuite. La Tour, auditorium niveau 1, Luma Arles.
Funérailles de John Fitzgerald Kennedy, Washington D.C., 1963 © Henri Dauman Photo Archive
Nos actus soudaines
C’est la 90e Fête du Citron à Menton, où le jaune d’or rayonnant, couleur du divin fruit, rivalise d’éclat avec celui des médailles des prochains JO de Paris sous le thème D’Olympie à Menton. L’un des événements mondiaux les plus étonnants, célébration d’un don de la nature que l’homme a su préserver, cultiver, valoriser et transformer en une fête populaire. Une occasion de voir la jolie ville de Menton vibrer comme jamais. Du 17 février au 3 mars, le programme juste ici.
Son grand voisin le Carnaval de Nice fête, lui, ses 151 ans sous le signe de la pop culture. Autour des traditionnels corsi, il y a sans doute d’autres occasions de renouer avec la dimension populaire de la fête comme l’oxymorique course des garçons de café dans le Vieux-Nice ou le Brunch des Frenchy au Théâtre de Verdure. Du 17 février au 3 mars, tout le programme par là.
Moins connu que les parades de grosses têtes niçoises, le combat naval fleuri de Villefranche-sur-mer est pourtant une institution (depuis 1902) à redécouvrir lundi 19 février (posez vos RTT et, si tout va bien, prenez le train). Une vingtaine de pointus et esquifs parés de milliers de fleurs pour une bataille pacifique en Méditerranée. Plus d’infos à l’Office de Tourisme au 04 93 01 73 68.
Jeudi 22 février, retour des tchatches Botoxs, soirées de performances itinérantes où des personnalités du monde de l’art et de la culture s’emparent d’un sujet en format court et personnel. Rendez-vous à 19h30 au restaurant portugais L’Esperança, en face du 109 avec, au programme, les artistes Diyae Bourhim et Florian Schönerstedt, la critique d’art et curatrice Mathilde Roman, la directrice du CAIRN, Centre d’art de Digne, Sandra Cattini et son directeur adjoint Charles Garcin, sans oublier l’artiste, musicien, comédien Esteban aka David Boring des Naive New Beaters, que l’on retrouve sur scène au 109 dès 21h au côté de Felixita et de notre ami Arnaud Maguet. Si vous voulez tout savoir, c’est ici.
Et pour finir, notre bonus musical de la semaine, modeste contribution au thème pop qui s’apprête à déferler sur la Ville de Nice. Enjoy!
Vous l’avez sans doute remarqué, SUDNLY a changé de formule et de plateforme (merci Kessel Media !). Si vous étiez désabonné·e (mille excuses), que vous recevez nos news en double ou dans les spams, ou encore si vous voulez tout simplement nous donner votre avis, nous suggérer un sujet ou nous faire un coucou d’encouragement, écrivez-nous vite : contact@sudnly.fr
On attend aussi avec impatience vos commentaires sur Instagram @sudnly.fr. Si cette newsletter vous a été transférée, abonnez-vous vite gratuitement.
...
