Kessel

Un nouvel an demain ?

Aujourd’hui, mode inclusive, parfums mémoriels ou disruptifs, bijoux talismans, couleur vivante, dream team artisanale et autres nouvelles souriantes du Sud

SUDNLY
6 min ⋅ 09/02/2024

D’aussi loin que remonte la mémoire populaire chinoise, on se souvient des longs repas de réveillon que chaque village se devait de respecter la nuit du Nouvel An, non pour s’abandonner à d’interminables festins et libations mais pour veiller fébrilement en attendant le surgissement du terrible Nián Shòu. Chimère à tête de lion surmontée de cornes acérées, aux griffes et mâchoires dévastatrices, il survenait le dernier soir de l’année, jailli du fond des mers ou des tréfonds de la forêt pour exterminer le petit peuple qui ne lui avait rien demandé. Jusqu’au jour où un mendiant âgé et solitaire (au nom injustement oublié) – ayant trouvé refuge auprès de villageois – leur enseigna l’art de terrasser la bête, effrayée par la lumière, les explosions et la couleur rouge. Franchir le seuil d’une nouvelle année signifiait triompher du monstre. À la veille du Nouvel An chinois, interrogeons-nous donc sur les monstres auxquels notre temps doit se confronter pour augurer encore de nombreuses années heureuses. L’extractivisme et les énergies fossiles, l’agro-industrie chimique, la fast fashion, Vladimir Poutine et son opération spéciale, Elon Musk et ses implants cérébraux (cochez votre case) ? De notre côté, n’attendez pas de pétards, de bruits de casseroles ni de banderoles rouges (elles ne sont pas dans notre charte graphique) mais plutôt, comme chaque semaine, une sélection de marques inspirantes et de talents artisanaux à suivre. Ils ne sont ni vieux, ni mendiants mais ils éloignent les monstres.  

Almé, le succès d’une vision XXL

– La belle histoire de la semaine La dictature du 36. Portée par des décennies d’imagerie consumériste, confortée par les impératifs d’une production optimisée, elle a longtemps relégué les profils non standards à une mode grande taille de seconde zone. Miroir d’une société qui ne laisse que peu de place à la différence. Sans doute Emmanuelle Szerer ne se posait-elle pas la question quand, sous tension dans les salles de trading de la BNP, elle se consacrait à sa carrière sans compter. Deux maternités et un burn-out plus tard, la jeune femme change de taille et découvre l’ingratitude de la mode. Plus rien pour elle et ses envies de style.

Retrouvant la fibre familiale – 3 générations de professionnels du textile – elle s’attèle alors à la solution. Almé, marque inclusive qui rime avec féminité, sororité et mixe les deux premières lettres de son prénom et celui de sa sœur Alexandra. Complice des premières heures, celle-ci décide néanmoins de s’expatrier avant que Larry, le mari d’Emmanuelle, ne la rejoigne pour prendre en main l’architecture digitale de la jeune marque. Un enjeu décisif car le réalisme veut qu’elle assume son statut de DNVB (Digital Native Vertical Brand), à savoir née, développée et vendue sur le web, intégrant toute la chaîne de valeur.

Sa raison d’être, Almé ne la trouve pas tant dans le fait d’habiller jusqu’au 54 mais dans sa volonté de redonner confort, confiance et estime de soi à chacune de ses clientes, quelle que soit sa morphologie. Pour cela, chaque modèle fait l’objet de nombreux tests préalables pour s’assurer que le vêtement s’adaptera parfaitement à la personne et non l’inverse. Prêt-à-porter, accessoires, bijoux, maillots, peu à peu, la collection s’étoffe, soignant le style qui s’étend sans hiatus du glamour pétillant au casual chic. Dernière surprise en date, une collection de lingerie qui épouse l’esprit de la marque, féminin et bien dans sa peau. Disponible d’un clic et sous 24h.

Quelques mois plus tôt, Almé annonçait une levée de fonds de 5 millions d’euros pour accélérer son développement déjà spectaculaire, preuve de la solidité de son modèle économique comme de la pertinence de sa vision inclusive. Confirmée, presque sans surprise, par le succès que rencontre le Salon, showroom feelgood récemment ouvert dans le fief avignonnais d’Emmanuelle, lieu de rencontre et de partage où sont palpables aussi bien les tissus de la collection que l’engagement d’Almé.

Mettre la femme, toutes les femmes au cœur de son modèle conduit naturellement la marque à s’engager pour une mode plus consciente et durable. Les modèles sont le plus souvent vendus directement en ligne et en pré-commande pour éviter la surproduction, fléau n°1 de l’industrie textile. La fabrication s’appuie sur une sélection d’ateliers partenaires, si possible en France, une volonté d’amélioration constante, en faisant le choix de matières propres, labellisées Œko-Tex, mais aussi en associant au savoir-faire textile traditionnel, capital familial, toutes les ressources techniques et informationnelles du digital. L’enthousiasme manifeste que soulève la marque donne raison à Emmanuelle Szerer et illustre la légitimité d’une marque vertueuse et respectueuse. Le bonheur du 54.

Nouvelle collection lingerie “Osez être” Almé Paris © DRNouvelle collection lingerie “Osez être” Almé Paris © DR

Les chants olfactifs d’Alma Cuántica

De ses promenades au long du Rio Guadalquivir, où flotte omniprésent le subtil parfum d’azahar, la divine fleur d’oranger qui embaume l’Andalousie, et du souvenir intact des récits fascinants de Cristobal, son grand-père artisan espagnol, Mélissa a longtemps gardé une émotion vivace. Jusqu’à ce jour de 2021 où, délaissant le studio graphique qu’elle avait animé 11 ans durant, elle s’est consacrée à faire revivre cette émotion capturée dans un pot de faïence sensuel, quelques grammes de cire parfumée et la flamme crépitante de sa passion nommée Alma Cuántica, cantique venu du fond de l’âme. À l’instinct, Mélissa trace sa route et sait s’entourer. Sylvain Brevot, l’un des derniers grands maîtres ciriers, à Auribeau-sur-Siagne près de Grasse, lui transmet les secrets de la cire artisanale naturelle et durable. Florence Lucchini, céramiste de Terre de Sens à Eyguières, donne forme sensible à ses jolis contenants collector en faïence. Et Agnès, l’amie intime et passionnée de déco, vient écrire à 4 mains la partition de ces chants de parfum, qui s’expriment à travers une collection de 5 bougies délicates, des fagots à brûler de Palo Santo ou de Sauge Blanche, diffuseurs en céramique et allumettes précieuses dans leur flacon de verre. À saisir en ligne et éventuellement collecter directement à l’atelier marseillais, ou à l’occasion d’un détour en Corse voire à Mexico.

Alma Cuántica © DRAlma Cuántica © DR

Maison Héliora, précieux petits scarabées

Fascination pour le très haut Khépri, dieu scarabée créateur du soleil, vénéré déjà 5 000 ans avant notre ère, mêlée à celle de ses avatars joailliers, tour à tour talismans et bijoux commémoratifs à la gloire pharaonique, l’inspiration d’Hanna pour sa maison solaire Héliora vient tout droit de l’enfance et de sa rencontre avec l’antiquité égyptienne. Directrice artistique et designer, experte en identité de marque dans l’univers du luxe, elle a choisi de quitter Paris en 2020 pour se rapprocher du soleil et suivre un chemin artistique personnel. Sa quête, se réapproprier l’objet du mythe en une collection faite à la main en Provence de bijoux en porcelaine finement gravés et porteurs de symbolique. Chaque pièce étant unique, la collection invite à trouver son fétiche personnel, pour une expérience intime, où la charge de magie et d’histoire rejoint design et élégance contemporaine.

Maison Héliora, série “La Renaissance des Scarabées” © DRMaison Héliora, série “La Renaissance des Scarabées” © DR

Lise Camoin, la couleur vivante

Garance, millepertuis, cosmos sulfureux, bois de campêche, indigo, noix de galle, sophora, bois de sappan. Jouant sur les infinies nuances de la palette des plantes tinctoriales que la nature lui offre, Lise Camoin laisse s’exprimer son talent de coloriste à travers ses créations textiles, au style décoratif singulier et parfois expérimental. Avec son matériau de prédilection, la pure laine mérinos, qu’elle teint selon les procédés artisanaux séculaires, la designer textile compose ses motifs sans cesse changeants en harmonie avec le paysage, tranches de couleurs surpiquées sur toile de coton qui servent de base à son vocabulaire visuel mimétique du monde végétal. Sa formation au Japon et l’environnement de son atelier au cœur du Luberon ne sont sans doute pas étrangers à sa sensibilité et son engagement pour un design écologique et durable. Par-delà leur esthétique d’objets confortables à vivre, ses compositions poétiques (à découvrir sur son e-shop) aspirent à nous faire partager une nouvelle expérience de la nature dont la force essentielle nous envahit aussi sûrement qu’elle imprègne le cœur de la fibre textile.

Lise Camoin © DRLise Camoin © DR

Ynepsie. Bien au contraire

Dans l’univers policé du parfum, une entreprise provençale fait depuis 90 ans figure de disrupteur, ayant notamment fondé son premier succès sur le parfum sans alcool et s’employant depuis à naviguer savamment à contre-courant. Rien d’étonnant donc à ce que sa nouvelle marque de parfums d’exception adopte, sous un graphisme élégant, un nom provocateur. Ce qu’elle cherche à provoquer, c’est d’abord l’émotion, en s’assurant les talents de deux nez prestigieux, Irène Farmachidi et Bertrand Duchaufour, qui signent les 12 fragrances exclusives pour homme et femme et les senteurs d’intérieur qui constituent la gamme Ynepsie. Leur avoir laissé carte blanche n’est pas le seul choix disruptif de la marque. Gamme extra large pour séduire toutes les sensibilités, flacons neutres sans chichi, rechargeables de surcroît, vente exclusivement en ligne avec échantillons testeurs et retours possibles, on pourrait penser que la maison Ynepsie marche sur la tête en tournant le dos à tous les principes du marketing. Et si c’était justement ça qui, avant tout, nous la rendait désirable ? Comme si les artistes, enfin, reprenaient le pouvoir sur nos émotions. On a très envie de tout tester.

Ynepsie © DRYnepsie © DR

TA-DAAN. United colors of artisans

Les quatre mousquetaires de l’artisanat contemporain sont des filles et, qui plus est, elles sont italiennes. Nonobstant le désir actuel de souveraineté nationale, difficile de ne pas applaudir en découvrant leur marketplace à la direction artistique impeccable, malicieusement nommée TA-DAAN (sans que l’on ne puisse une seule seconde les soupçonner d’adresser un hommage caché au chanteur Renaud puisque, encore une fois, elles sont italiennes). Leur cause est noble et nous la partageons : défendre la création artisanale actuelle en démontrant sa diversité, sa créativité, sa durabilité et son absence de conformisme poussiéreux. Nous sommes d’autant plus admiratifs qu’elles ont réussi, depuis Milan, à réunir une fine sélection de créateurs et trices marseillais·es dont nous avons eu ou aurons l’occasion de vous parler, comme Sophie Parachey, Julie Landemarre, Perrine Besson de Tadaam mobilier (décidément), Pierre Audouard, Élodie Cartier Millon de l’atelier Libre Argile, Clara Clamens ou encore Claire Poujoula. Profitez d’un tour sur leur site pour découvrir de nouveaux talents internationaux, français, italiens, espagnols, portugais, belges, allemands, danois, hollandais ou bulgares dans tous les registres de la déco, des accessoires de mode, des bijoux et des objets d’art, dans tous les styles, du plus poétique au carrément barré.

Michele Carta, Incartato Ceramics, Modène, Italie / Anouck Kuyckx & Thomas Meers, Kuyckxmeers, Haselt, Belgique x TA-DAAN © DRMichele Carta, Incartato Ceramics, Modène, Italie / Anouck Kuyckx & Thomas Meers, Kuyckxmeers, Haselt, Belgique x TA-DAAN © DR

Notre sélection culturelle de la semaine

Face hiver du festival estival Les Suds, cette affiche de février traverse le territoire (Arles, Châteaurenard, Saint-Martin-de-Crau, Fontvieille), le temps et les pays pour nous réchauffer hors-saison au son de musiques d’ici et d’ailleurs. Concerts, DJ sets, projections, radio, du 13 au 17 février, tout le programme et les billets par ici.

Danse à tous les étages et dans tous ses états pour la 46e édition des Hivernales d’Avignon, portée par la structure éponyme, labellisée Centre de Développement Chorégraphique National. Productions, spectacles pour enfants, stages pour tous niveaux avec, en bouquet final, les œuvres de Bintou Dembélé (remarquable chorégraphe des Indes Galantes de Clément Cogitore) et Régine Chopinot, grande figure de la scène chorégraphique depuis les années 80. Du 14 février au 2 mars, à réserver très vite par là.

Autour du Ballet mécanique de Fernand Léger et du fameux hypnagogoscope de Hains et Villeglé, pionniers du genre, cette exposition au Musée de Vence réunit une série d’œuvres d’artistes contemporains “animées” dont l’intitulé Images en mouvement cherche à mettre en lumière, en écho à une célèbre expo du Centre Pompidou, un possible Mouvement des images. Jusqu’au 28 avril au Musée de Vence.

En 40 ans de carrière, Pascal Maître, photoreporter de référence, a traversé les plus grandes agences photo et collaboré avec des magazines prestigieux pour documenter avec une acuité sans fard la marche du monde. Le panorama de ses clichés qu’expose la Villa Tamaris nous conduit de l’invasion de l’Afghanistan par la Russie à son travail actuel sur le charbon de bois et son impact dévastateur sur la déforestation en passant par sa série primée sur les Peuls du Sahel. Jusqu’au 5 mai, Villa Tamaris, La Seyne-sur-Mer.

Mali, 2022, Mopti, aux abords du fleuve Niger © Pascal MaîtreMali, 2022, Mopti, aux abords du fleuve Niger © Pascal Maître

Nos actus soudaines


We’re needed : Refugee Food Festival Comté de Nice #2 Porté avec à propos et un succès mérité l’an dernier à Nice par Déborah Bailet et Hervé Marro, le Refugee Food Festival annonce sa seconde édition, du 12 au 16 juin prochain, avec un périmètre élargi au Comté de Nice, incluant les moyen et haut pays. La formule et les enjeux restent inchangés : une grande fête autour de la table où des binômes chef·fe installé·e et chef·fe migrant·e croisent savoir-faire et culture pour nous régaler et favoriser l’insertion de talents en exil dans un secteur économique en forte demande. Si le festival vous parle, ses promoteurs vous invitent à rejoindre leur équipe de bénévoles en candidatant juste ici. Belles rencontres et saveurs d’humanité garanties.

Omaj, en mode parrainage Zéro production, zéro pollution, la seconde main, c’est aujourd’hui la meilleure réponse possible à l’impact négatif de la mode sur la planète. Voilà pourquoi, nous soutenons sans réserve la jeune plateforme Omaj made in Vaucluse qui, pour évangéliser les shopping addicts, remet pour deux semaines le parrainage au goût du jour : en faisant des émules, vous offrez à l’intéressé·e 15 € de bon d’achat et vous recevez 15 € de bon d’achat pour vous. Profitez-en sans attendre par ici.

Les Minettes en goguette, la première boutique Initialement conçue pour habiller les femmes atteintes d’un cancer du sein, Les Minettes en goguette a depuis l’an dernier choisi plus largement de concevoir des vêtements qui s’adaptent à toutes les morphologies et situations, ménopause, surpoids, poitrine imposante. Jusqu’alors vendue en ligne, la marque inaugure sa première boutique Passage de Lorette à Marseille. Où l’on peut venir essayer ses modèles faciles à vivre, écoresponsables et inclusifs, et dialoguer avec l’équipe de création pour co-créer, pourquoi pas, les futurs modèles.  

Et pour finir, notre bonus musical de la semaine, librement inspiré (vous l’aurez compris) par l’actualité agricole récente. Enjoy?

Vous l’avez sans doute remarqué, SUDNLY a changé de formule et de plateforme (merci Kessel Media !). Si vous étiez désabonné·e (mille excuses), que vous recevez nos news en double ou dans les spams, ou encore si vous voulez tout simplement nous donner votre avis, nous suggérer un sujet ou nous faire un coucou d’encouragement, écrivez-nous vite : contact@sudnly.fr
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SUDNLY

Par Luc Clément

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