Kessel

vous avez votre carte ?

où l’on parle de réfugiés qui cuisinent pour nous, de confort iconique, de linge transgénérationnel, de design pop, de parfum d’histoire acidulé, de philosophe de mode transgenre et d’autres nouvelles étonnantes du Sud

SUDNLY
6 min ⋅ 06/06/2024

Non, les élections européennes ne sont pas seulement là pour permettre quelques graffitis cocasses ou vengeurs sur des affiches électorales qui l’ont bien cherché, tant leur indigence graphique et leur pauvreté sémiologique semblent hors d’âge. Elles servent à renforcer, ces élections – ou mettre à mal, c’est selon – une organisation supranationale, seule à même de sauvegarder un idéal humaniste appelé Europe et de le voir peser suffisamment au plan international pour éloigner de nous le spectre totalitaire, le désastre environnemental et le grand prix de l’Eurovision. Bref, il faut voter, si possible pour restaurer la nature et les océans et vivre en paix dans un monde qui produit des richesses et sait les partager. Ça fait beaucoup pour un seul bulletin de vote me direz-vous, moche de surcroît. Mais avouez que ça en vaut la peine. Et une fois le devoir accompli, on pourra retourner à des occupations plus légères et néanmoins d’importance comme de s’attabler au Refugee Food Festival qui débute mercredi prochain et qui a déjà fait mieux que dépasser les frontières : réunir les humains, quelle que soit leur origine ou condition, autour d’une table.

La belle histoire de la semaine
Refugee Food Festival. Mélange à ma table

La semaine prochaine, de mercredi 12 à dimanche 16 juin, se déroule la seconde édition azuréenne du Refugee Food Festival qui s’étend cette année à tout le Comté de Nice. Avec pour point culminant Saorge, sa Petite Épicerie et sa cheffe associée d’un jour, la Géorgienne Madona. Récit d’une délicieuse rencontre à partager sans faute.

Le très beau village perché de Saorge © Adj de Roij/Creative CommonsLe très beau village perché de Saorge © Adj de Roij/Creative Commons

Du Caucase au village tibétain de la Roya

Dans son habit de contrôleuse, Madona Shukvani inspecte chaque jour tickets de bus et titres de transport. Avec son salaire modeste, elle contribue à l’éducation de ses trois enfants qui, comme elle, vivent en Géorgie et parlent russe. Un jour, cette routine bien rodée s’arrête brusquement : elle doit quitter le pays, sa famille sous le bras. Son exil forcé la conduit en France, sur la Côte d’Azur. Si ses ados ont la chance d’être scolarisés et de s’intégrer, elle doit s’adapter pour faire face aux difficultés. Par chance, elle croise la route d’associations qui l’aident à trouver sa voie. Son solide tempérament fera le reste. Elle apprend le français, se forme à la cuisine, fait des stages, travaille dur et finit par décrocher un contrat au restaurant niçois l’Union. Un joli nom qui scelle une belle histoire. L’an passé, Madona a fait son premier Refugee Food Festival au côté du chef réputé Christian Plumail qui s’avoue bluffé par sa prestation. Le 14 juin prochain, c’est au côté de Frédérique et Philippe, à la Petite Épicerie de Saorge, que Madona s’apprête de nouveau à nous étonner.

Frédérique, secrétaire de direction, et Philippe, jardinier de formation, vivent à la frontière franco-suisse. Là, ils rêvent de changer d’horizon, aussi bien professionnel que géographique. Ils cherchent une affaire à reprendre quelque part plus au sud. Un jour, une annonce retient leur attention : « vend épicerie à Saorge. » Ils tentent l’aventure. L’épicerie est sauvée et avec elle, sa petite table de quelques couverts et son équipement de fortune. Frédérique s’attèle donc à la cuisine et Philippe, au service. Hélas, deux fléaux successifs, Covid et Alex, viennent bouleverser leurs espoirs. Depuis la tempête, les clients italiens, qui avaient pris leurs habitudes dans cette adresse revivifiée par l’énergie et le talent intuitif du couple, ne viennent plus, le tunnel frontalier est hors d’usage. Pourtant, Frédérique et Philippe font des miracles. Ils installent une vraie cuisine, développent une carte inventive qui associe leur marché, fait en saison auprès des producteurs de la Roya, et des inspirations inattendues pour un restaurant de village perché, décrochent le label Ecotable, qu’ils sont quasiment les seuls à détenir sur toute la Côte d’Azur, remplissent leur cave de vins vivants et de bières au diapason. Et sur leur ardoise se succèdent non de fainéants succédanés de cuisine maralpine mais de belles assiettes, pimpantes d’audace, de goût et de générosité. Ils s’improvisent même, devenus cœur battant du village, cantine scolaire où chaque jour, les bambins viennent, privilège rare, se régaler de la cuisine de Frédérique. Installée en devanture de l’épicerie, dans la vivante rue piétonne qui conduit tout droit au magnifique Monastère de Saorge, leur terrasse est devenue le théâtre d’une comédie humaine à savourer, où villageois amis, randonneurs en appétit et amateurs de bonne table en goguette se rencontrent et fraternisent.

Ainsi, vendredi 14 juin, Madona, Frédérique et Philippe s’apprêtent à refaire le monde. Soyez là. Pour réserver très vite, c’est ici. Et pour vous convaincre de faire le voyage et l’organiser, toutes les infos sont sur l’impeccable site de l’Office de Tourisme Menton-Riviera-Merveilles. Un pays qui n’a pas usurpé son nom.

La terrasse de la Petite Epicerie de Saorge © DRLa terrasse de la Petite Epicerie de Saorge © DR

Nos Repérages Hebdo

Socrate est une fille. Et elle envoie du bois.

Si vous avez lu Rhinocéros, métaphore théâtrale absurde d’Eugène Ionesco, (ce qu’il faut refaire éventuellement en ces temps de bardellisme décomplexé), vous savez que Socrate est un chat. Or voici le célèbre syllogisme contredit par Clémence, créatrice de mode qui, depuis Toulouse, navigue entre littérature et histoire de l’art et nous apprend que le premier philosophe antique est une fille. Brûlant d’une flamme égale pour la culture et la contre-culture, elle aime le design, le cinéma, le spectacle vivant qui inspirent ses vêtements, concentrés sur la couleur et le motif, vêtements conçus comme les véhicules, si ce n’est de l’âme, au moins d’une humeur positive. Connais-toi toi-même et habille-toi comme tu es, en d’autres termes. Une mode urbaine, pas seulement pour ses influences street ou sportswear mais aussi pour sa conscience éco-responsable, sa volonté d’inclusivité, sa production artisanale ou encore ses collab’ créatives qui convient tatoueuse ou photographe, atelier de sérigraphie ou de teinture végétale. Pour la rencontrer, suivez-la sur son site ou sur l’un de ses pop-ups socratiques et réjouissants.

La philosophie de mode positive de Socrate est une fille © Camila GarciaLa philosophie de mode positive de Socrate est une fille © Camila Garcia

Azur Confort. L’histoire dans un fauteuil

Son décor rouge all over, des grands stores au lettrage blanc jusqu’aux fauteuils où l’on s’immerge pour gloser d’un œil faussement désabusé sur les excentricités tropéziennes, fait de Sénéquier, on le sait, l’un des plus célèbres cafés au monde. Ce que l’on sait moins, c’est que ses fameux fauteuils de metteur en scène sont fournis depuis plus de 70 ans par une entreprise française installée en Chartreuse et qui en inventa la forme. Précisément en 1931 où Henri Inderchit, créateur de meubles de poupée, fabrique un modèle grandeur nature pour une commande spéciale. C’est le modèle F101, adopté 20 ans plus tard par Sénéquier et qui continue d’être produit par la même société devenue depuis Azur Confort, tropisme méditerranéen oblige. Reprise en 2016, l’entreprise se réinvente. Intégration d’un bureau de design, remplacement du bois exotique par des essences européennes, fabrication française et partenariats locaux avec notamment la filature Arpin, fabricant d’étoffe depuis 1817, ou la maison Pierre Frey. Et récemment encore, avec une gamme de 20 couleurs de laques, une nouvelle finition huilée, 55 toiles originales. Rien d’étonnant à ce que son mobilier d’extérieur se retrouve à la terrasse des plus beaux endroits, de Méribel à l’Île-Rousse, de Cannes à Ibiza. En attendant d’arriver chez vous.

L'iconique modèle F101 metteur-en-scène signé Azur Confort et ses belles couleurs © DRL'iconique modèle F101 metteur-en-scène signé Azur Confort et ses belles couleurs © DR

Arlette. Fibre grand-maternelle

Bien plus que les incubateurs de start-ups, coachs créatifs et autres business angels de tous horizons, les grand-mères sont les véritables inspiratrices d’un nouvel art de vivre actuel, et à travers lui, de nombre de jeunes pousses qui réinventent le plaisir au quotidien. Animée par le désir d’entreprendre et de créer, Léna se remémore les vacances de son enfance heureuse en Provence, la lumière du Sud, les paysages mais aussi le sentiment de bien-être profondément imprimés dans sa mémoire. Une image lui revient, particulièrement, l’armoire de sa grand-mère où s’organisent avec soin et harmonie la vaisselle et le textile de table de la maison, comme un élégant dressing plein de promesses gourmandes. Hommage à Arlette, aux instants précieux d’un déjeuner dans un jardin parfumé avant la sieste ou la baignade dans les criques, sa marque aspire à écrire une nouvelle histoire d’aujourd’hui. La collection est naissante mais son ambition est durable. Longue vie à Arlette.

Arlette à table © DRArlette à table © DR

La Carafe. Soif de design pop

Sur la table pliable de camping en formica qui pinçait les doigts comme dans les bruyants réfectoires des riantes années 1960 et 1970, trônait invariablement une carafe. D’une bonhomie ventrue, avec ses anneaux concentriques et son couvercle protecteur, elle étanchait la soif autant que l’envie de design pop et coloré. Au détour d’un étal de brocanteur dans le Marais, Laurent, serial chineur, et son fils Nicolas en découvrent un jour un spécimen intact et décident, pour assouvir leur élan nostalgique, de rééditer cette icône des cantines. Fabriquée en France à La-Roche-en-Brenil en Bourgogne, leur version 2013 made in Bègles est dessinée au goût du jour, réalisée en plastique alimentaire recyclable dans une joyeuse gamme de 8 coloris. Son succès est tel qu’une carafe Deluxe en verre borosilicate coloré suit très vite, ainsi qu’une boule à glace isotherme pour conserver les glaçons. Si par éponymie, La Carafe est devenu le nom de l’entreprise, il ne doit pas masquer l’étendue des objets au doux parfum vintage qu’elle produit dans le même esprit de plaisir régressif, de l’économe à l’horloge de cuisine, du casse-noix à la corbeille en tissu.

Edition Deluxe en verre de la célèbre carafe 70 © DREdition Deluxe en verre de la célèbre carafe 70 © DR

Prestige de Menton. Le citron essentiel

En 1947, Louis Berneux s’installe à Menton. De lui, on ne sait que peu de choses. Il est parfumeur, parisien et découvre avec délice le citron qui, lui, est installé dans la ville depuis le XVe siècle. Sentant le potentiel olfactif du divin agrume, Berneux en fait la fragrance idéale pour accompagner l’immédiat après-guerre. Solaire, rafraîchissante et légère. Élaborée à base d’huile essentielle de citron, sa recette est aussi secrète que lui mais vaut à l’Eau de Menton et à sa société Prestige de Menton 75 ans de succès. Au fil du temps, une gamme complète a vu le jour, ajoutant à la note de tête citronnée caractéristique des notes subtiles de verveine ou de bergamote, en conservant la qualité originelle, faite d’ingrédients naturels pour l’essentiel. Repris en 2017 par Julien Foucher, expert multitâche en finance, informatique, management, vente et marketing, ce fleuron Riviera vintage s’est modernisé pour traverser les 75 prochaines années avec la même fraîcheur délicieuse.

La gamme des eaux fraîches signées Prestige de Menton © DRLa gamme des eaux fraîches signées Prestige de Menton © DR

Notre Sélection Culture


En réunissant une impressionnante sélection d’œuvres à travers l’histoire, de Botticelli à Judy Chicago, de Roy Lichtenstein à Louise Bourgeois en passant par Michael Armitage, John Currin ou Lee Bul, la Fondation Carmignac se penche sur les limites du genre, à la recherche d’une nouvelle définition de la féminité dans et avec l’art. The Infinite Woman, Fondation Carmignac, Porquerolles, jusqu’au 3 novembre.

Figure de proue d'un spectacle vivant contemporain sans frontières avec son programme de résidences et d'échanges avec d'autres opérateurs culturels d'Europe et du Sud, son pôle de production, Les Rencontres à l'échelle livre la 16e édition de son festival qui réunit chorégraphes, danseur·ses, performers, interprètes, artistes de tous horizons pour mieux ouvrir les nôtres. Jusqu’au 16 juin à La Friche La Belle de Mai.

Luma, Arles a inauguré son programme estival d’expositions avec les artistes hollandais de Drift, dont les pièces interactives et les dispositifs savants invitent à des expériences sensorielles inédites, une importante pièce cinématographique de la plasticienne américaine Diana Thater, et une rétrospective des œuvres de Rirkrit Tiravanija, artiste thaïlandais à la pratique protéiforme et relationnelle qui va de la sculpture à la performance culinaire.

Berceau du cinéma par la grâce des frères Lumière, La Ciotat dévoile son 41e festival sous la présidence de Françoise Fabian, dans le cadre de l’Eden-Théâtre, la plus ancienne salle du monde en activité. Aux côtés des courts et longs métrages en compétition, un concours de réalisation en 48h et des concerts gratuits. Du 5 au 9 juin, tout le programme sur le site du festival.

Vagabundus du chorégraphe mozambicain Idio Chichava, au festival Les Rencontres à l'Echelle © Mariano SilvaVagabundus du chorégraphe mozambicain Idio Chichava, au festival Les Rencontres à l'Echelle © Mariano Silva

Nos Actus Soudaines

Fondée en 1745 par Monseigneur D’Inguimbert et installée en majesté dans les 10 000 m2 restaurés de l’Hôtel-Dieu de Carpentras au terme de 15 ans d’efforts, la bibliothèque-musée L’Inguimbertine fait dialoguer le livre et les œuvres, la culture, la mémoire et l’humanisme. Des livres, une collection d’œuvres et une exposition temporaire d’art actuel, une réouverture à ne pas manquer, toutes les infos par ici.

Point de rencontre de la création contemporaine et du patrimoine architectural le plus remarquable, Genius Loci, le projet de la curatrice Marion Vignal, investit la géniale Maison Bernard, chef-d'œuvre du visionnaire Antti Lovag et de son mécène Pierre Bernard. Dialoguant librement avec les formes organiques des lieux, une vingtaine d'artistes et designers, une performance chorégraphique et une installation éphémère dans les jardins, issue d'un workshop à la Villa Arson, Nice. Du 8 au 23 juin, sur rendez-vous, plus d’infos ici.

Samedi 15 juin, Lusosonic 2 (o retorno). Dans un grand bond intercontinental qui relie le Brésil au Portugal, la Villa Arson (en collaboration avec l’Université Côte d’Azur) rallume le feu d’un néo-tropicalisme vibrant avec son festival lusophile et sonore qui rassemble en une nuit à l’exotisme patent – quoique parfois interlope – pas moins de 14 artistes. Panorama aventureux qui traverse en sons et en images l’étendue luxuriante de la création musicale contemporaine, de ce côté-ci de l’Amazone.

Anvil FX et Badsista, à ne pas manquer au festival Lusosonic de la Villa Arson le 15 juin © DRAnvil FX et Badsista, à ne pas manquer au festival Lusosonic de la Villa Arson le 15 juin © DR


Et pour finir, notre bonus musical de la semaine, avant-goût du festival Lusosonic2 à la Villa Arson samedi 15 juin prochain, l’arbre de suavité qui cache la forêt tropicale de sons étranges à explorer ce soir-là. Enjoy!

 

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Par Luc Clément

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