Kessel

et là, on fait quoi ?

où l’on parle de trésors intemporels, de matière première secondaire, de navigateurs auvergnats, d’artisanat 2.0, de cosmétiques maternels et d’autres bonnes nouvelles du Sud.

SUDNLY
7 min ⋅ 13/06/2024

Qui, après la séquence politique débutée dimanche dernier, oserait encore nier la réalité du réchauffement climatique ? Le glacier gaullien, couvrant autrefois l’essentiel du territoire, a fondu comme neige au soleil. Il a même, ici et là, laissé percer de nauséabondes éruptions dont les scories fumantes retombent jusqu’à Nice. L’archipel des gauches installe en toute hâte des petits ponts de fortune pour pallier la dramatique montée des eaux saumâtres. Le mont élyséen, hors-sol, est plongé dans un épais brouillard de déni autistique et d’auto-consumation accélérée. L’hémisphère extrême droit connaît une brusque élévation des températures qui provoque migrations brutales, volte-face, amnésies programmatiques, et produit un air définitivement irrespirable pour tout individu social normalement constitué, en particulier, s’il est attaché à l’environnement, à la culture, au féminisme, à l’altérité et au respect des minorités comme à son voisin de palier. L’échéance pour espérer inverser le processus n’est pas fixée à 2030, voire 2050 mais au 30 juin et au 7 juillet 2024. Pour l’atteindre, éteindre la clim, devenir vegan ou troquer son SUV pour un vélo ne suffira pas. Mais un bulletin dans une urne peut parfaitement faire l’affaire et redonner à la France marron des infographies de dimanche soir les couleurs d’un véritable avenir vivable. Et pendant ce temps-là, loin des mensonges, des trahisons et de l’inconséquence, des ateliers – qui n’ont pas ce luxe – s’activent pour produire des richesses qui, parfois, traversent le temps, contre vents et marées. Allons les visiter.

Filet FILT exclusivité Trésors Publics, Nicolas Barbero et Antoine Bourassin © Marie Genin_FeuilletonsFilet FILT exclusivité Trésors Publics, Nicolas Barbero et Antoine Bourassin © Marie Genin_Feuilletons

La belle histoire de la semaine
Trésors Publics. Collecte miraculeuse  

Le Grand Tour, en vogue aux XVIIe et XVIIIe siècles en Europe, réunissait esthètes et artistes dans un voyage initiatique aux sources de l’art de leur temps – en particulier, en Italie – notion que l’on connaît aujourd’hui sous sa forme hélas massive et dévoyée de tourisme en short. Le Tour de France, dans sa version pédestre s’entend, qualifie l’itinérance qu’exige la formation des apprentis artisans dans la perspective du compagnonnage et dont la tradition remonterait selon l’Ancien Testament à l’édification du Temple de Salomon.
Il y a un peu de ces deux tours dans celui qu’accomplissent chaque année depuis 2017, qu’il vente ou qu’il neige, Antoine Bourassin et Nicolas Barbero. Emmitouflés de la tête aux pieds (nous sommes en janvier), les deux azuréens partent sillonner les nationales, départementales et autres chemins vicinaux de France et de Navarre (pendant que d’autres partent skier) à la rencontre des savoir-faire ancestraux et des ateliers qui les perpétuent contre vents économiques et marées délocalisatrices. Croisière en terra souvent incognita, croisade pour le fabriqué en France, leur scrupuleuse exploration de contrées souvent arides (malgré leur abondante pluviométrie) les voit parfois atteindre le Bout du Monde ou le Creux de l’Enfer (c’est à Thiers, dans le Puy-de-Dôme, vous pouvez vérifier), sans que leur détermination ne soit en rien entamée. Et de la détermination, il leur en faut. Pour convaincre des manufactures centenaires de leur livrer quelques pièces de leur parcimonieuse production, braver l’obscurité, voire l’hostilité de maisons à l’heure crépusculaire, jalouses de leurs secrets de fabrication, ou simplement, garder patience lorsque ladite maison ne compte plus que quelques âmes et doit parer au plus pressé.
Mais, qu’on se rassure, leurs efforts sont récompensés. En témoigne la nouvelle adresse de leur très justement nommé Trésors Publics. Un lieu d’histoire comme Nice en compte peu et dont les espaces mettent en majesté la miraculeuse collecte d’Antoine et Nicolas. Exclusivement composée d’objets familiers, qui peuplent la mémoire collective ou n’attendent que d’y retrouver leur place, fabriqués en France suivant une forme indépassable, une technique et un savoir-faire immuables. Une collection enchanteresse du quotidien auquel elle confère la patine d’un charme intemporel. Art de la table, coutellerie, jeux, objets usuels ou décoratifs, savons, bougies et parfums, textile, tout participe à la joyeuse composition d’un idéal de vie contemporain. Car, si ces objets ont traversé le temps sans disparaître ni prendre une ride, c’est sans doute qu’ils sont supérieurs à ceux que produit aujourd’hui l’industrie de masse apatride.
Mieux, Antoine et Nicolas, dans leur engagement inconditionnel pour le savoir-faire français, ont noué des liens suffisamment forts avec ces manufactures régionales pour réaliser avec elles quelques collab’ en édition limitée qui prouvent que le patrimoine qu’elles représentent est résolument vivant. Ainsi, pépite entre les pépites de Trésors Publics, le bleu de travail, bijou de coton léger confectionné par les talents associés d’artisans français. Tissu de Mayenne, boutons en corne tournés et gravés dans le Jura, étiquette tissée à Troyes, où il est fabriqué. Icônes des plages oubliées, les méduses, qui avaient déserté le paysage industriel français pour une fabrication au Maroc, font un retour au soleil par la grâce d’une collab’ made in France avec Trésors Publics. Et qui matcheront à merveille avec leur haut de plage exclusif Le Minor. C’est à l’occasion de l'un de leurs tours de France qu’Antoine et Nicolas font la découverte d'un lot de tissu dormant, qu’ils décident aussitôt de valoriser avec la maison bretonne, entreprise textile dont l’origine remonte à 1922. Née en 1860 d’une coopérative de paysans de Normandie, l’entreprise FILT connaît depuis la fin des années 2000 un nouvel envol avec la redécouverte de ses inimitables filets dont Trésors Publics propose une version exclusive, limitée à 500 exemplaires, qui associe lurex doré à la Yves Klein et bleu Matisse. Ou encore, le linge de table et d’office Charvet 1866 qui signe une collab’ ensoleillée pour Trésors Publics avec serviette, set de table et torchon brodés « Sous les galets, la plage ». Sans oublier, le panier Birkin en osier. 10 modèles par an, pas un de plus, réalisés par une osiéricultrice-vannière du Périgord pour Trésors Publics en mode vertical, depuis la culture de l’osier jusqu’aux finitions de ce bijou d’élégance naturelle.
Dans son nouvel espace du 18, rue de la Préfecture, Trésors Publics redonne plus que jamais du sens à la notion du bien commun, à partager ou offrir pour quelques euros. Comme en écho à la mémoire de cette adresse, autrefois le 1, rue de la Lumière, infusée de l’esprit des Lumières et de la Révolution française et jadis propriété de Charles Lauberg, président de l’éphémère République de Naples aux idéaux démocratiques. Il n’y a pas de hasard.

Le 18, rue de la Préfecture à Nice ou 1, rue de la Lumière à la Révolution © Marie Genin_FeuilletonsLe 18, rue de la Préfecture à Nice ou 1, rue de la Lumière à la Révolution © Marie Genin_Feuilletons

Nos Repérages Hebdo
909. L’équation de la matière première secondaire

L’école n’a pas fait de Léo et Romain des chercheurs en chimie des matériaux. En revanche, elle a forgé leur binôme qui les a conduits – chose intéressante – à formuler leur propre théorie de la matière première secondaire, qui s’écrit 909 et se prononce “neuf sans neuf”, définissant leur vision circulaire de la mode (qu’ils ont préférée à la chimie). En d’autres termes, comment fabriquer un vêtement neuf sans produire de matière nouvelle. L’idée leur est apparue, confinée dans un obscur garage stéphanois, un jour de 2020 où la planète à l’unisson est en quête de sens. Une toile de tente, un morceau de drap, matériaux d’apparence fruste dont ils comprennent rapidement le potentiel. Imperméable, coupe-vent, légère, la toile de tente, une fois soigneusement nettoyée et découpée, retrouve ses propriétés intactes et devient une softshell qui a fière allure. Le coton, lui, qui dort par rouleaux entiers, pour peu qu’il soit biologique, leur inspire une ligne de T-shirts sérigraphiés. Désormais dotés d’une solide formation, Romain et Léo, respectivement responsables du studio et de l’atelier 909, livrent leurs premières pièces confectionnées main et numérotées en attendant leurs nouvelles équations de la matière.    

Image de couverture et ci-dessus : softshell 909 © DRImage de couverture et ci-dessus : softshell 909 © DR

Le Vent à la Française. Le souffle made in France   

Rare est le navigateur auvergnat, région aussi difficile à joindre à la voile que par tout autre moyen de transport connu. Louis Chaumeil et Charles Tissier, jeunes entrepreneurs de Clermont-Ferrand, peuvent le regretter. Un bon vent pourtant les porte bien au-delà des frontières de leur ville, par la magie d’un bracelet frappé d’une rose des vents justement. Cette médaille fétiche, ils décident un jour d’en passer commande auprès d’un atelier de la région lyonnaise, fabricant de médailles estampées labellisé EPV, pour les fixer sur un cordon à nœud produit dans le Puy-de-Dôme. Vous l’avez compris, les deux amis ambitionnent de lancer leur marque de bracelets à faible impact environnemental, loin des problèmes d’extractivisme que connaît la bijouterie traditionnelle, et fabriquée en France. Le succès est foudroyant et propulse leur marque baptisée Le Vent à la Française vers des succès exponentiels. D’abord imaginées pour homme, leurs créations inspirées de l’univers nautique se sont diversifiées, gardant avec raison le cap initial : qualité, simplicité, petits prix, garantie à vie et fabrication française. Preuve que le made in France peut prendre le large, quel que soit son port d’attache.
  
Bracelet Le Vent à la Française, maillon 22 mm plaqué argent Tangon © DRBracelet Le Vent à la Française, maillon 22 mm plaqué argent Tangon © DR

Rinku Design. Manufacture de proximité

Si vous avez succombé aux sirènes de l’ogre suédois pour votre cuisine, vous pouvez tout de même sauver la faç(ad)e. Designer de formation et manager d’un fab lab à Marseille, Raphaël rencontre Sébastien, diplômé d’école de commerce et ébéniste atavique. Ils se rejoignent sur un projet : mettre l’artisanat à la portée du plus grand nombre, particuliers, entreprises, en le couplant à des solutions techniques actuelles. En l’occurrence, une fraiseuse à commande numérique de 2m sur 3 qui découpe avec une précision millimétrée et permet l’usinage sur mesure de petites séries à des coûts accessibles. Alliance entre métier d’art et technologie avancée, humain et industriel, leur atelier adopte le mot japonais de Rinku qui signifie relier, clin d’œil aux assemblages savants des maîtres ébénistes, illustrant la volonté des deux créateurs d’harmoniser les styles décoratifs, d’inspiration japonaise donc, mais aussi scandinave ou méditerranéenne, pour des espaces de vie plus personnalisés. Derrière la moderne sobriété de sa gamme de façades pour cuisine qui se plie à des réalisations sur mesure, Rinku signe des tables et petits meubles dans des bois choisis, sourcés localement, qui respectent l’esprit d’excellence artisanale de tradition. Un atelier de proximité, modèle de production raisonnée, comme alternative désirable à la fast furniture, on en rêve.

Rinku Design, façades chêne clair adaptées aux cuisines de l'ogre suédois © DRRinku Design, façades chêne clair adaptées aux cuisines de l'ogre suédois © DR

Monjour. Cosmétiques bienveillants

La maternité bouleverse la vie d’une femme. Mais quand cette femme a l’expérience des grandes marques de mode et du marché, elle peut bouleverser la vie de milliers d’autres. En bien. À l’approche de son premier enfant, Manon ressent le besoin de cosmétiques premier âge propres et naturels. Épaulée par une amie docteure en pharmacie et une autre, sage-femme, elle imagine une gamme pour nourrissons dont elle confie la fabrication à un labo rhônalpin et la création olfactive à un nez marseillais. D’abord baptisée Poupon, sa gamme de 5 produits – actifs naturels d’abricot, aloe vera, huile d’olive ou karité – décroche illico le plus haut score sur Yuka et rencontre un franc succès. Si franc que la famille doit s’agrandir avec l’arrivée fin 2023 d’une nouvelle associée, Audrey, fan de la première heure, experte en trade marketing et développement commercial. La marque en profite pour adopter un nouveau nom, Monjour, élargir son offre à toute la famille avec, notamment, la création d’une gamme de solaires qui arrivent à point nommé. Des cosmétiques clean, made in France et qui sentent bon, c’est simple comme Monjour.

Stick solaire super protecteur de la nouvelle gamme Monjour © DRStick solaire super protecteur de la nouvelle gamme Monjour © DR

Toile Blanche pour jours radieux

Fratrie d’artistes belges à la réputation internationale installés en France, les Leroy Brothers ont imaginé une œuvre collective qui marie l’art, les rencontres et la joie de vivre. Une expérience d’hospitalité inédite qui prend pour cadre une propriété de Saint-Paul-de-Vence et pour nom Toile Blanche, sur laquelle composer les souvenirs d’un séjour idéal. 17 suites, plusieurs piscines, une table créative, un bistrot La Guinguette, le raffinement d’un 5 étoiles dans l’atmosphère d’une maison amicale. Un autre point de vue sur la Côte d’Azur et les plaisirs de la vie.

Toile Blanche à Saint-Paul-de-Vence © DRToile Blanche à Saint-Paul-de-Vence © DR

Notre Sélection Culture


Dès aujourd’hui et jusqu’au 6 juillet, le 29e festival de Marseille investit la ville. Au programme, de la danse, sous toutes ses formes, mais aussi des performances, de la musique, des films, en tout une cinquantaine de spectacles qui traversent 18 lieux de la cité phocéenne. Tout le programme en détail et la billetterie par ici.

À travers 5 décennies d’activité artistique, les relations de Miquel Barcelo le Majorquin et la mer ont produit un corpus foisonnant d’œuvres dont le Nouveau Musée National de Monaco, patrie par excellence de l’Océanographie, présente un panorama vivant, Villa Paloma, jusqu’au 13 octobre prochain. Et si vous êtes à Monaco, l’expo Pasolini en clair-obscur vaut de pousser jusqu’à la Villa Sauber avant le 29 septembre. Plus d’informations par là.

En réunissant quelque 60 œuvres créées sur la Riviera par Berthe Morisot, le Musée Chéret de Nice se penche sur un pan inexploré de l'œuvre de cette impressionniste de la première heure, à l'occasion du 150e anniversaire du mouvement. Un ensemble exceptionnel flanqué de toiles de Renoir et Manet, en dialogue avec des œuvres de ses contemporaines. Tous les détails ici.

Il faut profiter de la fraîcheur de son parc, des espaces du château, rouverts au printemps, et ceux de la Donation Albers-Honegger pour découvrir le beau programme estival de l'Espace de l'Art Concret à Mouans-Sartoux. Un dialogue stimulant entre les designers du Jardin des métiers d'Art et du Design de Sèvres et des pièces de la donation Albers-Honegger ; l'exposition Francis Bacon et l'Âge d'Or du design, qui nous éclaire sur les prémices de l'œuvre de l'artiste en tant que designer ; Point, Ligne, Surface de Lumière, relecture de l'œuvre de 3 artistes sous l'angle de la physique, sans oublier, l'exposition de l'artiste herman de vries, invitation à célébrer par l'art la beauté de la nature. Pour en savoir plus, suivez ici.

 Bridget-Victor, pièce hybride et cinétique de Lucie Couillet à l'Espace de l'Art Concret © Géraldine Bruneel  Bridget-Victor, pièce hybride et cinétique de Lucie Couillet à l'Espace de l'Art Concret © Géraldine Bruneel

Nos Actus Soudaines

Dernier week-end pour plonger dans les Nuits des Forêts, manifestation conçue pour restaurer notre culture sylvestre et nous reconnecter à un domaine forestier remarquable et fragile (la région Sud est la seconde la plus boisée de France). Au programme, immersion dans les forêts du Grand-Vallon à la Motte du Caire (04), de Chaillol à la Motte-en-Champsaur (05), de Saint-Auban (06), de Peyrolles-en-Provence ou encore à l’orée du Parc National des Calanques, dans le Parc Pastré à Marseille. Tous les détails de l’édition 2024 ici.

Du 14 au 16 juin, 5e édition du Porquerolles Film Festival, dédié aux productions qui ont pour thème l’écologie, sujet de réflexion et de création que le festival, créé en 2020 avec la participation de Juliette Binoche et présidé par Gérard Jugnot, a décidé de valoriser, en destination notamment des jeunes créateurs avec le prix Ecotubeurs. Plus d’infos par là.

Revenu au rang des plus belles manufactures françaises après son sauvetage il y a 20 ans par le duo Frédérique Caillet, éditrice, et Vincent Collin, designer, le porcelainier Virebent installé à Puy-l’Evêque dans le Lot (région Occitanie), fête son centenaire et ouvre ses portes du 14 juin au 22 septembre avec une exposition de sa collection, une autre de photographies, des conférences, la création d’un nouveau musée et la réédition de pièces historiques.

Samedi 15 juin, Lusosonic 2 (o retorno), dernier rappel. Dans un grand bond intercontinental qui relie le Brésil au Portugal, la Villa Arson (en collaboration avec l’Université Côte d’Azur) rallume le feu d’un néo-tropicalisme vibrant avec son festival lusophile et sonore qui rassemble en une nuit à l’exotisme patent – quoique parfois interlope – pas moins de 14 artistes. Panorama aventureux qui traverse en sons et en images, de 16h à 3h du matin, l’étendue luxuriante de la création musicale contemporaine, de ce côté-ci de l’Amazone. Et si vous voulez tout savoir, c’est là que ça se passe.

Et pour finir, notre bonus musical de la semaine, mantra cauchemardesque qui devrait nous donner des envies de courir nous protéger dans un isoloir républicain. Enjoy?

 

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Par Luc Clément

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